Ostéopathe, kiné, infirmier : qui peut ajouter la stimulation des points ?

Aucun des trois ne peut pratiquer l'acupuncture. Mais leurs marges diffèrent : deux ont un code de déontologie opposable, le troisième n'en a pas.

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Ostéopathe, kiné ou infirmier : aucun ne peut pratiquer l’acupuncture, mais la stimulation des points sans aiguille ne les expose pas aux mêmes risques. La réponse courte tient en trois points :

  • l’acupuncture reste un acte réservé aux médecins ;
  • le kinésithérapeute et l’infirmier répondent en plus d’un code de déontologie opposable devant leur ordre ;
  • l’ostéopathe n’a ni ordre ni code réglementaire, ce qui déplace son risque vers le juge pénal et la DGCCRF.

Voici l’asymétrie, profession par profession, avec les articles de loi à connaître avant d’ajouter une technique à votre pratique.

Aucune des trois professions ne peut pratiquer l’acupuncture — pourquoi ?

L’acupuncture est qualifiée d’acte médical par une jurisprudence constante. Sa pratique par un non-médecin relève de l’exercice illégal de la médecine défini à l’article L4161-1 du Code de la santé publique. L’article L4161-5 le punit de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 € d’amende. Depuis la loi n° 2024-420 du 10 mai 2024, ces peines sont portées à cinq ans et 75 000 € lorsque l’infraction passe par un service en ligne.

Les seules professions autorisées sont :

  • les médecins ;
  • les sages-femmes, dans le champ obstétrical et sous condition de diplôme interuniversitaire ;
  • les chirurgiens-dentistes, dans le champ de l’art dentaire ;
  • les vétérinaires, pour les animaux.

Ostéopathes, masseurs-kinésithérapeutes et infirmiers n’y figurent pas. La question utile n’est donc pas celle des aiguilles, mais celle de la stimulation des points sans effraction cutanée, et des règles qui l’encadrent pour chacun.

Stimulation des points : ce qui sépare vraiment les trois professions

La différence décisive n’est pas l’acupuncture : elle leur est fermée à tous les trois. Elle porte sur ce qui les encadre par ailleurs, dès qu’ils ajoutent une technique non conventionnelle, comme la stimulation des points au stylet, à leur pratique.

Encadrement déontologique des trois professions face aux pratiques non conventionnelles
OstéopatheMasseur-kinésithérapeuteInfirmier
Profession de santéNonOuiOui
Ordre professionnelAucunOuiOui
Code de déontologie réglementaireAucunOuiOui
Article visant les procédés non éprouvésAucunR4321-87 CSPR4312-10 CSP
Assurance professionnelle obligatoireOui, par la loi du 24 février 2014OuiOui
Risque disciplinaireAucun ordre pour sanctionnerRéel et documentéRéel

Que dit le code de déontologie des masseurs-kinésithérapeutes ?

L’article R4321-87 du Code de la santé publique est net : « Le masseur-kinésithérapeute ne peut conseiller et proposer au patient ou à son entourage, comme étant salutaire ou sans danger, un produit ou un procédé, illusoire ou insuffisamment éprouvé. Toute pratique de charlatanisme est interdite. »

Deux autres articles pèsent dans le même sens. L’article R4321-80 impose des soins « fondés sur les données acquises de la science ». L’article R4321-79 interdit tout acte de nature à déconsidérer la profession, même en dehors de son exercice.

Ce n’est pas théorique. Le Conseil d’État s’est prononcé le (décision n° 492235) dans une affaire disciplinaire visant un masseur-kinésithérapeute qui pratiquait une méthode de stimulation de points réflexes. Les griefs retenus mobilisaient précisément les articles R4321-79, R4321-80 et R4321-87, en plus des articles relatifs à l’information et au consentement.

C’est la décision la plus proche du sujet qui nous occupe : elle porte sur une stimulation des points, pas sur des aiguilles.

Le dry needling est-il une exception ?

Le dry needling, officiellement désigné « puncture kinésithérapique par aiguille sèche », constitue effectivement une exception. Il faut le comprendre pour ne pas le surinterpréter.

Le Conseil d’État a jugé le que cette technique entre dans le champ de compétence des masseurs-kinésithérapeutes, et que l’Ordre n’était pas compétent pour imposer une condition de formation particulière. L’Ordre en tire que les kinésithérapeutes peuvent la pratiquer dès lors qu’ils en ont acquis la compétence, dans le respect des règles de sécurité, d’hygiène et de déontologie. Un avis du conseil national du précise en revanche qu’elle ne peut pas être annoncée comme une « spécificité ».

Attention à la portée de cette ouverture. Le dry needling vise des points gâchettes musculaires selon un raisonnement anatomique. Il ne se confond pas avec l’acupuncture, qui repose sur la cartographie des méridiens. La frontière entre les deux fait débat, y compris entre professions. Un kinésithérapeute qui présenterait sa pratique comme de l’acupuncture ne pourrait pas se prévaloir de cette jurisprudence.

Les nuances entre ces techniques voisines sont détaillées dans notre article acupuncture, acupression, digitopuncture : les différences.

Et les infirmiers ?

L’article R4312-10 du Code de la santé publique est issu du décret n° 2016-1605 du 25 novembre 2016. Il reprend une formulation quasi identique à celle des kinésithérapeutes : « L’infirmier ne peut pas conseiller et proposer au patient ou à son entourage, comme salutaire ou sans danger, […] un procédé illusoire ou insuffisamment éprouvé. Toute pratique de charlatanisme est interdite. »

Une contrainte supplémentaire pèse sur les infirmiers : l’article R4312-55 restreint le cumul d’activités. En dehors des activités de soins, de prévention, d’éducation à la santé, de formation, de recherche ou d’expertise, l’infirmier ne peut pas exercer une autre activité qui lui permettrait de tirer profit des compétences que la réglementation lui reconnaît.

La rédaction est plus fermée que celle applicable aux kinésithérapeutes. Pour eux, l’article R4321-68 admet le cumul, sauf incompatibilité avec l’indépendance, la moralité et la dignité professionnelles. Pour un infirmier, ajouter la stimulation des points à son activité demande donc une vigilance particulière.

La situation particulière des ostéopathes

Les ostéopathes occupent une position singulière. Leur titre est protégé, mais l’ostéopathie n’est pas une profession de santé : ils ne disposent ni d’ordre professionnel ni de code de déontologie à valeur réglementaire. Le ministère l’a confirmé en réponse à une question sénatoriale publiée en : il n’est pas envisagé de reconnaître l’ostéopathie comme profession de santé.

Le périmètre de leurs actes est fixé par le décret n° 2007-435 du 25 mars 2007, pris en application de l’article 75 de la loi n° 2002-303 du 4 mars 2002. Il s’agit de manipulations musculo-squelettiques et myo-fasciales, exclusivement manuelles et externes, qui visent les troubles fonctionnels à l’exclusion des pathologies organiques.

Ce vide ordinal ne doit pas être lu comme une liberté. Il déplace simplement le risque. Faute d’instance disciplinaire, deux acteurs interviennent :

  • le juge pénal, au titre de l’exercice illégal de la médecine ;
  • la DGCCRF, au titre des pratiques commerciales trompeuses.

Une enquête de la DGCCRF publiée en sur les pratiques de soins non conventionnelles a porté sur 381 établissements. Elle a relevé 66 % d’anomalies, qui ont donné lieu à 189 avertissements, 55 injonctions et 17 procès-verbaux pénaux.

Ce qu’en dit la connaissance actuelle

Sur les propriétés électriques des points d’acupuncture, la revue systématique d’Andrew Ahn et de ses collègues, publiée dans Bioelectromagnetics en 2008, conclut que les études disponibles sont « généralement de faible qualité méthodologique ». Selon les auteurs, les données « ne permettent pas de conclure de façon probante que les points d’acupuncture ou les méridiens sont électriquement distinguables ».

Cette prudence n’est pas un détail rhétorique pour un professionnel de santé. Les articles R4321-87 et R4312-10 visent les procédés « insuffisamment éprouvés ». Présenter une technique de stimulation des points comme validée quand elle ne l’est pas, c’est précisément le comportement que ces textes sanctionnent. Décrire honnêtement l’état des connaissances protège davantage qu’un argumentaire enthousiaste.

Pour comprendre ce que mesure réellement un détecteur, et ce qu’il ne mesure pas, voir le détecteur de points d’acupuncture.

Ce que soutiennent d’autres sources, et pourquoi nous divergeons

Un argument circule dans les formations destinées aux professionnels de santé : puisque la technique est non invasive, elle serait « sans risque juridique » et pourrait s’ajouter librement à une pratique existante. Cette lecture est incomplète sur deux points.

D’abord, l’absence d’aiguille ne dit rien du délit d’exercice illégal. Ce délit vise l’acte médical défini par l’article L4161-1, et non le procédé utilisé.

Ensuite, et c’est ce que les argumentaires omettent, un professionnel de santé est soumis à un second étage de règles : son code de déontologie, opposable devant sa juridiction ordinale, indépendamment de toute infraction pénale. La décision du Conseil d’État de novembre 2025 le montre : le kinésithérapeute concerné n’était pas poursuivi pénalement, mais disciplinairement.

Nous ne disons pas qu’un professionnel de santé ne peut rien ajouter à sa pratique. Nous disons que la question « est-ce légal ? » ne suffit pas, et qu’il faut y ajouter « qu’en dirait mon ordre ? ».

Comment ajouter la stimulation des points proprement ?

Trois principes se dégagent des textes et des décisions citées :

  • Séparer les cadres. Une activité de bien-être exercée en parallèle doit être distincte de l’exercice professionnel réglementé, dans le lieu, la communication et la facturation. La DGCCRF sanctionne l’ambiguïté sur le lieu d’exercice et le mimétisme médical.
  • Ne pas utiliser son titre pour promouvoir l’activité de bien-être. Pour les kinésithérapeutes, l’usage du titre dans une autre activité est soumis à l’accord du conseil départemental de l’ordre.
  • Formuler honnêtement. Pas d’allégation thérapeutique, pas de promesse de résultat, et une description exacte de la nature non médicale de la prestation. C’est ce que la DGCCRF attend, et ce que les codes de déontologie imposent.

L’acupuncture non invasive consiste à stimuler les points d’acupuncture traditionnels sans effraction cutanée, au moyen d’un stylet de détection et de stimulation. Nous l’enseignons comme une pratique de bien-être. Nous demandons à nos élèves professionnels de santé de la tenir à cette place, y compris quand un patient leur demande davantage.

Cet article est informatif et ne constitue ni un avis médical, ni un conseil juridique personnalisé. Un professionnel de santé qui envisage une activité complémentaire a intérêt à interroger son conseil départemental.

Se former à la stimulation des points sans aiguille à Douai

La formation de l’Académie MTC se déroule déjà en présentiel à Douai. Elle s’adresse aux personnes en reconversion comme aux thérapeutes et aux professionnels de santé qui veulent ajouter une pratique de bien-être clairement séparée de leur exercice réglementé.

Le travail se fait avec le stylet Premio 20 DT de Sedatelec, un dispositif médical de classe IIa. Il sert à la détection des points réactifs par la lecture de l’impédance cutanée, puis à leur stimulation. Le bilan énergétique y est présenté pour ce qu’il est : un repère de pratique de bien-être, jamais un acte médical.

La formation est conduite par Onanong Lesaffre, praticienne en médecine traditionnelle chinoise, formée à la Faculty of Chinese Medicine de Huachiew Chalermprakiet University. Créée en 2004, cette faculté est la première de Thaïlande et propose un cursus de cinq ans. Une attestation de fin de formation est délivrée à l’issue du parcours.

Les dates, les tarifs et les places disponibles figurent sur la page des sessions de formation en présentiel à Douai. Si vous ne pouvez pas vous déplacer, la formation 100 % en ligne ouvre courant 2027 et la pré-inscription est déjà possible.

Pour aller plus loin

Le cas des infirmières est traité en détail dans formation acupuncture pour infirmière : ce que la loi permet. Le cadre général figure dans pratiquer l’acupuncture sans être médecin, et la méthode dans la formation à l’acupuncture sans aiguille. Pour recevoir le programme détaillé des cinq jours : la pré-inscription est gratuite et sans engagement.

FAQ — professions de santé et stimulation des points

Un ostéopathe peut-il pratiquer l’acupuncture ?

Non. L’acupuncture est un acte médical réservé. Le décret n° 2007-435 du 25 mars 2007 limite par ailleurs les actes de l’ostéopathe à des manipulations exclusivement manuelles et externes. Une puncture sort doublement de ce périmètre.

Un kinésithérapeute peut-il pratiquer le dry needling ?

Oui. Le Conseil d’État a jugé le 10 mai 2022 que la puncture par aiguille sèche entre dans le champ de compétence des masseurs-kinésithérapeutes, dès lors qu’ils en ont acquis la compétence. Cette technique ne se confond pas avec l’acupuncture et ne peut pas être annoncée comme une spécificité.

Quel article interdit le charlatanisme aux professionnels de santé ?

L’article R4321-87 du Code de la santé publique pour les masseurs-kinésithérapeutes, et l’article R4312-10 pour les infirmiers. Les deux visent le procédé « illusoire ou insuffisamment éprouvé » et énoncent que toute pratique de charlatanisme est interdite.

Un professionnel de santé peut-il exercer une activité de bien-être en parallèle ?

C’est possible, mais l’encadrement varie selon la profession. L’article R4321-68 admet le cumul pour les kinésithérapeutes, sauf incompatibilité avec l’indépendance et la dignité professionnelles ; l’usage du titre est alors soumis à l’accord du conseil départemental. L’article R4312-55 est plus restrictif pour les infirmiers.

La stimulation des points sans aiguille dispense-t-elle des règles déontologiques ?

Non. Pour un kinésithérapeute ou un infirmier, le code de déontologie s’applique quel que soit le procédé, comme l’a montré la décision du Conseil d’État du 14 novembre 2025 sur une méthode de stimulation de points réflexes.

Un ostéopathe risque-t-il une sanction disciplinaire ?

Il n’existe ni ordre professionnel ni code de déontologie réglementaire pour les ostéopathes, donc aucune instance disciplinaire propre à la profession. Le risque se déplace vers le juge pénal en cas d’exercice illégal de la médecine, et vers la DGCCRF en cas de pratique commerciale trompeuse.

Le mot « massage » est-il réservé aux kinésithérapeutes ?

Non. La Cour de cassation a jugé le 29 juin 2021 (chambre criminelle, pourvoi n° 20-83.292) que seul relève de la masso-kinésithérapie le massage ayant pour but de prévenir l’altération des capacités fonctionnelles. Un massage de bien-être à finalité non thérapeutique n’entre pas dans ce monopole.

Sources

Articles L4161-1 et L4161-5 du Code de la santé publique. — Articles R4321-67, R4321-68, R4321-79, R4321-80 et R4321-87 du Code de la santé publique, code de déontologie des masseurs-kinésithérapeutes. — Articles R4312-10 et R4312-55 du Code de la santé publique, code de déontologie des infirmiers, décret n° 2016-1605 du 25 novembre 2016. — Article 75 de la loi n° 2002-303 du 4 mars 2002 ; décret n° 2007-435 du 25 mars 2007 relatif aux actes et aux conditions d’exercice de l’ostéopathie ; loi n° 2014-201 du 24 février 2014. — Conseil d’État, décision n° 492235 du 14 novembre 2025.

— Conseil d’État, décision du 10 mai 2022 relative au dry needling ; avis du conseil national de l’ordre des masseurs-kinésithérapeutes n° 2021-02 du 30 mars 2021. — Cour de cassation, chambre criminelle, 29 juin 2021, pourvoi n° 20-83.292. — Sénat, question écrite n° 05113, réponse publiée le 23 avril 2026. — DGCCRF, « Attention aux risques des pratiques de soins non conventionnelles », economie.gouv.fr, 14 mars 2022. — Ahn AC et coll., « Electrical properties of acupuncture points and meridians: a systematic review », Bioelectromagnetics, 2008.

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